Innovation en IA et en logiciels au WMS 2025
Au salon Woodworking Machinery & Supply (WMS) de 2025 à Toronto, une nouvelle dynamique s’est fait sentir dans les kiosques consacrés aux logiciels : l’intelligence artificielle, non plus comme promesse abstraite, mais comme fonctionnalité concrète. Dans les plateformes de conception, de production et de gestion d’entreprise, plusieurs fournisseurs ont démontré comment l’IA commence à automatiser des tâches routinières, à soutenir la prise de décision et à élargir les capacités des ateliers de petite et moyenne taille.
Cienapps : automatiser la prise de commandes grâce à l’IA appliquée
Cienapps, un fournisseur canadien d’un logiciel ERP conçu spécialement pour le secteur du bois, propose une plateforme unifiée qui regroupe estimation, approvisionnement, production et coûts de projets dans un seul écosystème. Au WMS 2025, l’entreprise a mis l’accent sur l’intégration des processus et la prévisibilité, permettant aux ateliers de suivre chaque dollar et d’anticiper les perturbations de production.
La vedette du kiosque était la fonctionnalité d’IA intégrée dans Cieblink, son réseau fournisseur et outil de gestion des commandes. Selon les représentants présents, Cieblink utilise désormais la reconnaissance optique de caractères (OCR) et des modèles d’IA pour traduire des formats de commandes non structurés — PDF, photos de formulaires, messages textes — en commandes numériques structurées. Les ateliers peuvent ainsi éviter la ressaisie manuelle.
Un représentant a précisé que l’objectif n’est pas de remplacer le personnel, mais de réduire les tâches répétitives et d’améliorer l’exactitude des données d’approvisionnement. En automatisant l’entrée de données fastidieuse, le logiciel libère le personnel pour qu’il se concentre sur les décisions, la communication et la supervision.
Planit Canada : positionner l’IA comme un outil conversationnel
Planit Canada, distributeur de Cabinet Vision et d’autres logiciels « design-to-production », a profité du WMS pour lancer une plateforme de formation en ligne structurée. Le programme aide les concepteurs de cuisines et d’armoires à accélérer leur apprentissage grâce à des modules guidés, des questionnaires intégrés et des exercices basés sur des projets.
Bien que la plateforme de formation elle-même n’intègre pas l’IA, l’équipe de Planit a discuté du rôle croissant de l’IA dans l’industrie. Trois usages à court terme ont été évoqués : répondre à des questions d’atelier (vitesse d’avance, matériaux), résumer des documents techniques volumineux, et amorcer l’automatisation de suggestions de configuration d’armoires basées sur les règles du métier.
Un porte-parole a soutenu que la valeur actuelle de l’IA réside surtout dans l’interaction. Les outils conversationnels permettent aux utilisateurs de préciser leurs questions, d’approfondir un sujet et d’obtenir des réponses ciblées qui simplifient la recherche et la prise de décision.
Pour l’instant, Planit considère l’IA comme un soutien parallèle à l’apprentissage humain, non comme un remplacement des compétences de conception.
Innergy : intégrer l’IA à la conception et à l’ERP
Innergy offre un ERP entièrement infonuagique destiné aux fabricants sur mesure, reliant conception, estimation, production et analytique. Au WMS 2025, l’entreprise s’est démarquée par l’intégration déjà active de l’IA dans plusieurs modules.
En conception, les utilisateurs peuvent formuler en langage naturel des commandes pour redimensionner des caissons, déplacer des murs ou repositionner des composants dans l’environnement 3D. Chaque étape est visualisée pour assurer transparence et contrôle.
Dans l’estimation, Innergy utilise l’IA pour analyser de volumineux jeux de plans architecturaux et repérer les pages susceptibles de contenir des éléments d’ébénisterie, réduisant le temps passé à parcourir des PDF de 100 pages. Dans l’ERP, l’IA soutient aussi le filtrage complexe (p. ex. : toutes les commandes livrées ce mois-ci) et l’analyse post-projet (comparaison coûts estimés vs réels avec recommandations d’ajustement).
Une fonctionnalité notable est l’évaluation de la probabilité de remporter un appel d’offres. L’analyse des données historiques et des paramètres du projet permet d’orienter les estimateurs vers les opportunités les plus prometteuses.
Innergy exécute son IA dans un environnement auto-hébergé, assurant que les données clients restent sur place et ne sont pas exposées à des services tiers — une architecture qui privilégie la confidentialité tout en permettant des fonctions avancées.
Mozaik Software : une automatisation ciblée, sans IA
Mozaik Software, reconnu pour son logiciel de conception et de fabrication d’armoires offert par abonnement mensuel, n’intègre pour l’instant aucune fonctionnalité d’IA.
Ses outils actuels automatisent déjà une grande partie du flux de production : génération de listes de débit, gestion des assemblages et production du code CNC selon les préférences de l’utilisateur. Sa communauté en ligne joue un rôle majeur dans l’orientation du développement, les clients soumettant des demandes détaillées de fonctionnalités.
Les représentants ont rappelé que la force de Mozaik réside dans l’automatisation basée sur des règles claires. Avant d’introduire l’IA, l’entreprise souhaite maintenir une grande prévisibilité et une grande maîtrise des résultats pour l’utilisateur.
L’équipe se montre toutefois ouverte à de futures intégrations, en soulignant que l’IA devrait améliorer les flux de travail sans remplacer l’expertise, et réduire des tâches comme l’entrée de paramètres ou la préparation de fichiers.
Ardis : relier les données de production à des résultats optimisés
Ardis se spécialise dans les logiciels post-conception pour la fabrication : optimisation, ordonnancement et traçabilité des pièces. Au WMS 2025, l’entreprise a présenté sa plateforme phare, qui utilise des algorithmes pour améliorer le rendement matière, coordonner le déroulement en atelier et gérer en temps réel les reprises et exceptions.
Bien qu’Ardis ne propose pas encore de fonctions basées sur l’IA, son infrastructure logicielle est déjà adaptée à une exploitation future de données avancées. Chaque pièce est suivie tout au long de son cycle — du nesting à l’assemblage — créant un historique structuré idéal pour des analyses poussées.
L’accent actuel reste sur la visibilité et le contrôle. Le suivi en temps réel aide à repérer les goulots d’étranglement, à réagir aux imprévus et à optimiser les découpes pour réduire les pertes. Pour les ateliers de petite et moyenne taille, cette visibilité peut accélérer les délais et diminuer les rebuts.
Ce que l’IA dans les logiciels d’ébénisterie signifie pour les ateliers
À travers le salon WMS, une tendance claire s’est imposée : l’IA fait son entrée dans l’industrie du bois de manière discrète, ciblée et utile. Aujourd’hui, elle soutient la prise de commandes, le tri de documents, l’analyse de soumissions et le filtrage intelligent. Demain, elle pourrait automatiser plus largement la conception ou la planification dynamique des ressources.
Aucun fournisseur ne prévoit que l’IA remplace le personnel expérimenté. Au contraire, elle est perçue comme un moyen de réduire les goulots d’étranglement, d’automatiser les répétitions et d’extraire des tendances dans les données.
Pour les propriétaires et gestionnaires d’ateliers, le message est pragmatique : lorsqu’on évalue un logiciel, il ne suffit pas de demander s’il intègre l’IA, mais plutôt ce qu’elle accomplit. Permet-elle de gagner du temps dans la lecture des plans ? De réduire les reprises ? De prioriser les soumissions ?
Le WMS 2025 laisse entrevoir une nouvelle génération de logiciels : non seulement plus rapides ou plus esthétiques, mais surtout plus intelligents — d’une manière qui compte pour les petites équipes qui cherchent à faire plus avec moins.
Tyler Holt est rédacteur en chef du magazine Wood Industry / Le monde du bois. Titulaire d’une maîtrise en littérature et en publication, il possède plusieurs années d’expérience dans les domaines de l’édition et des médias numériques. Ses recherches portent principalement sur l’effet des technologies numériques sur la production industrielle et en réseau, alliant expertise éditoriale et compréhension approfondie de l’innovation dans le contexte manufacturier actuel.