Vers une foresterie intelligente sur le plan climatique

Derek Nighbor 

La semaine dernière, après avoir discuté de l’importance de la foresterie pour notre pays, nous avons posé la question suivante : comment le gouvernement fédéral peut-il travailler avec les travailleurs forestiers canadiens pour nous aider à faire face à l’aggravation des perturbations forestières dues au climat tout en réalisant d’importantes réductions de GES ? Cette semaine, nous vous proposons quelques pistes.

Premièrement, nous devons fournir davantage de bois et de produits dérivés du bois canadien au Canada et dans le monde entier. Un mètre cube de bois stocke environ une tonne de CO2. En 2019, le Canada a produit environ 70 millions de mètres cubes de bois d’œuvre et de planches. Cela représente 70 millions de tonnes de CO2 enfermées chaque année, pour la plupart pendant des décennies ou des siècles.

L’amélioration des marchés nationaux et internationaux du bois d’œuvre et du bois de masse, comme le bois lamellé-croisé et le bois lamellé-collé, contribuera à réduire les émissions de GES du Canada de manière significative. Le gouvernement fédéral peut accélérer ce processus en donnant la priorité à l’utilisation de produits forestiers fabriqués au Canada pour les achats écologiques et les projets d’infrastructure fédéraux, en établissant une stratégie nationale de bâtiments à consommation zéro qui comprend des produits du bois stockant le carbone, et en faisant la promotion des produits forestiers fabriqués au Canada dans le monde entier — sans oublier de défendre l’industrie et les travailleurs canadiens face à l’augmentation du protectionnisme commercial mondial, en particulier avec nos voisins du Sud qui sont difficiles ces derniers temps.

Deuxièmement, le gouvernement fédéral doit veiller à ce que la gestion durable des forêts soit au cœur de sa stratégie nationale d’adaptation afin de faire du Canada un chef de file mondial de la foresterie intelligente face au climat. Cela signifie qu’il doit élaborer un plan avec les provinces pour éclaircir les peuplements sujets aux incendies et utiliser les brûlages dirigés afin d’éviter les mégafeux qui brûlent les arbres et le sol organique et menacent la vie humaine, la faune, les maisons et les infrastructures essentielles. Le leadership et l’engagement des autochtones dans cet effort sont essentiels à son succès final dans les communautés de tout le pays.

Là où il y a des infestations de ravageuses, nous devons agir plus rapidement pour contenir les épidémies et les risques d’incendie qui s’ensuivent souvent. Nous pouvons également restaurer les terres forestières à faible productivité ou à faible biodiversité en éclaircissant et en éliminant les arbres détériorés afin de fournir la lumière et l’espace nécessaires à la croissance de plus grands arbres et de forêts plus résilientes.

L’objectif global de la sylviculture intelligente face au climat est de maximiser la productivité des forêts, le carbone stocké et de soutenir la biodiversité dans la forêt au fil du temps. Ces activités ne donneront pas de résultats instantanés, mais elles ont le potentiel de réduire les émissions de GES de 100 à 200 Mt de CO2 par an d’ici 2050.

Troisièmement, nous devons développer les marchés pour le bois de qualité inférieure. Une partie du bois récolté dans le cadre de la Foresterie intelligente pour le climat ne répondra pas aux exigences de qualité de la production des scieries canadiennes. Historiquement, il y avait une demande importante de bois de qualité inférieure et de résidus de sciage pour la production de pâtes et papiers. Pourtant, avec la numérisation et un environnement d’investissement difficile, nous avons constaté un déclin de cette demande dans de nombreuses régions du pays. Nous devons trouver une nouvelle voie pour ces matériaux, et la bioéconomie forestière émergente du Canada est incroyablement prometteuse — biocarburants, bioplastiques et bioadhésifs comme la lignine, pour n’en nommer que quelques-uns.

Quatrièmement, avec l’appui du gouvernement fédéral, nous pouvons réduire davantage les émissions de GES dans les usines de pâtes et papiers du Canada. Le secteur forestier canadien a été l’un des premiers à adopter de nouvelles technologies et de nouveaux processus pour réduire les émissions de GES sur les sites de production. Depuis le début des années 1990, les émissions de GES ont diminué de près de 70 %, ce qui fait que les usines canadiennes sont parmi les plus écologiques au monde. Nous pouvons faire encore plus. Ce qui nous a menés ici ne nous mènera pas à destination. Il est possible de changer la donne et de faire en sorte qu’un grand nombre de ces usines n’émettent pas de carbone au cours des prochaines années. Des programmes comme Investissements dans la transformation de l’industrie forestière (IFIT) et le Net-Zero Accelerator Fund doivent être revus et renforcés pour nous aider à y parvenir.

À l’aube de 2022, nous nous rappelons que les forêts, les installations de fabrication, les produits forestiers et le savoir-faire forestier du Canada donnent à notre pays un avantage que la plupart des pays de la planète nous envient. Utilisons-le.

La nouvelle année nous offre une occasion opportune d’utiliser la gestion durable des forêts comme une solution climatique basée sur la nature pour accélérer la réduction des GES dans l’environnement bâti et dans les usines canadiennes, respecter nos engagements internationaux en matière de climat, renforcer les perspectives des familles et des communautés forestières canadiennes, et aider à renforcer la résilience de nos forêts et à protéger les communautés contre les incendies.

Derek Nighbor est le président et le chef de la direction de l’Association des produits forestiers du Canada, qui représentent le secteur des produits forestiers, présent dans plus de 600 collectivités canadiennes, fournissant 225 000 emplois directs et plus de 600 000 emplois indirects dans tout le pays.

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